Frederic Beigbeder — L’amour dure trois ans

 

Frédéric Beigbeder

L’amour dure trois ans

 

À Christine de Chasteignier et Jean-Michel Beigbeder,

sans qui ce livre n’aurait pu voir le jour (Ni moi).

 

Je parle avec l’autorité de l’échec.

Scott Fitzgerald

 

Ben quoi? Ben oui! Faut pas

les choses

comme elles sont. On aime et puis

on n’aime plus.

 

Françoise Sagan (lors d’un dîner chez elle

en 1966 avec Brigitte Bardot et Bernard Frank)

 

 

I

LES VASES COMMUNICANTS

 

I

Avec le temps on n’aime plus

 

L’amour est un combat perdu d’avance.

 

ui doit l’emporter.

La deuxième année, les choses commencent à changer. Vous êtes devenu tendre. Vous êtes fier de la complicité qui s’est établie dans votre couple. Vous comprenez votre femme “à demi-mot”; quelle joie de ne faire qu’un.

rue?

pas trompé: effectivement, c’est la vie qui a le dernier mot. La troisième année, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle: dégoûtée, votre femme vous quitte. La mauvaise nouvelle; vous commencez un nouveau livre.

 

II

Un divorce festif

 

alors imaginez la 5 bis qui, comme son nom l’indique, s’exécute deux fois dans la nuit.

l’homme pour lui permettre de cacher sa pensée. Peu d’êtres connaissent autant de monde que Marc, et peu sont aussi seuls.

e bouteille dans chaque établissement. Il semblerait également qu’il les ait pas mal entamées.

rivé en quelques années de chronique mondaine! Un nabab! “Mondanitor”! Mais alors, dis donc, explique-moi un peu, pourquoi elle s’est barrée, ta femme?

— Nous nous sommes séparés d’un commun désaccord, grommelle Marc en entrant au Bus. Puis il ajoute:

ai épousé Anne parce que c’était un ange — et c’est précisément la raison de notre divorce. J’ai cru chercher l’amour jusqu’au jour où j’ai compris que tout ce que je voulais, c’était le fuir.

L’ange étant passé, il change de sujet:

les filles sont potables ici, j’aurais dû me laver les dents avant de venir. Heps! Mademoiselle, vous êtes belle comme un cœur. Pourrais-je enlever vos vêtements, s’il vous plaît?

. C’est donc sa faute si, quand il crie sur la piste de danse: “Youpi! J’ai divorcééé”, personne ne vient le consoler. Seuls les rayons lasers transpercent son cœur comme autant d’épées.

Vita? Où est-elle passée? Trop de souvenirs, trop de choses à oublier, c’est un dur labeur d’effacer tout ça, il va falloir revivre tant de moments jolis pour remplacer la beauté d’avant.

apable de jouir, il simule l’orgasme puis se rend dans la salle de bain pour jeter discrètement la capote vide dans la poubelle.

Dans le taxi du retour, au petit matin, il entend:

 

“L’alcool a un goût amer

Le jour c’était hier

Et l’orchestre dans un habit

Un peu passé

Joue le vide de ma vie

Désintégrée.”

Le Beau Bizarre.}

 

Il décide que, dorénavant, il se masturbera toujours avant de sortir pour ne pas être tenté de faire n’importe quoi.

 

 

III

Sur la plage, abandonné

 

bril. Je suis encerclé de rires forcés. J’ai envie de me noyer dans la mer mais il y a trop de jet-skis.

siner car c’est le seul moyen d’être sauvé.

 

 

IV

 

L’être le plus triste que j’aie jamais rencontré

 

ond des bars. L’ère glaciaire est en avance. Même la foule donne des frissons.

 

t?

 

babines? Tout ce que je bois, c’est donc à jeun. Avantage: l’ivresse rapide. Inconvénient; l’ulcère à l’estomac.

 

is un mort qui serre des mains à des gens dans des cafés. Je suis un mort plutôt convivial, et très frileux. Je crois que je suis la personne la plus triste que j’aie jamais rencontrée.

 

être humain a besoin d’arrière-salles éclairées la nuit. Là, caché au beau milieu du troupeau, il peut enfin se mettre à trembler.

 

 

V

Date limite de fraîcheur

 

.

Un moustique dure une journée, une rosé trois jours. Un chat dure treize ans, l’amour trois. C’est comme ça. Il y a d’abord une année de passion, puis une année de tendresse et enfin une année d’ennui.

 

tue.”

 

La seconde année, on dit: “Si tu me quittes, je souffrirai mais je m’en remettrai. ”

 

La troisième année, on dit: “Si tu me quittes, je sabre le Champagne.”

 

l’opium du couple). La société vous trompe: elle vous vend le grand amour alors qu’il est scientifiquement démontré que ces hormones cessent d’agir après trois années.

ent posent des

es prières, craignent des démons différents, nourrissent une infinie variété d’espoirs et de rêves… connaissent tous un pic des divorces juste après trois ans de vie commune. ” Cette banalité n’est qu’une humiliation supplémentaire.

ara Cartland ont souvent distinguées: Passion-Tendresse-Ennui, cycle de trois paliers qui durent chacun une année — un triangle aussi sacré que la Sainte Trinité.

 

La première année, on achète des meubles.

 

La deuxième année, on déplace les meubles.

 

oisième année, on partage les meubles.

 

r on pouvait discuter le lyrisme du poète, mais contre les sciences naturelles et la démographie, la défaite est assurée.

 

 

VI

Le bout du rouleau

 

‘ont demandé:

— On va chez toi ou chez nous?

 

Après leur avoir roulé un patin collectif à toutes les deux (et mordu leurs quatre seins), j’ai répondu fièrement:

 

‘aurais trop peur de ne pas bander.

 

z blanchi, j’aperçois dans le miroir un clown en négatif.

Je n’irai pas travailler aujourd’hui. Fierté d’avoir refusé une partouze bisexuelle le lendemain de mon divorce. Marre de ces filles avec qui tu couches mais contre qui tu détestes te réveiller.

art une casserole de lait qui déborde, il n’y a pas grand-chose sur terre de plus sinistre que moi.

 

 

VII

Recette pour aller mieux

 

Répéter souvent ces trois phrases:

 

LE BONHEUR N’EXISTE PAS.

 

L’AMOUR EST IMPOSSIBLE.

 

RIEN N’EST GRAVE.

 

raît idiot, mais cette recette m’a peut-être sauvé la vie quand je touchais le fond. Essayez-la dès votre prochaine dépression nerveuse. Je vous la recommande.

Ludwig van Beethoven (6 000 fois). Bon concept de compil, ça: j’ai déjà le slogan.

 

“La Compil Cafard,

la Compil qui broie du noir.”

 

VIII

Pour ceux qui ont manqué le début

 

vous renvoyer aux deux tomes précédents, mais après tout, ce ne serait pas très fair-play, étant donné que ces chefs-d’œuvre romantiques ont été pilonnés peu après leur succès d’estime.

pur produit de notre société de luxe inutile. Né le 21 septembre 1965, vingt ans après Auschwitz, le premier jour de l’automne. Je suis venu au monde le jour où les feuilles commencent à tomber des arbres, le jour où les jours raccourcissent.

oto dans les pages nocturnes de quelques magazines.

utre et d’un métier à l’autre pour ne pas avoir le temps de déprimer, je me suis imaginé heureux.

leur enfance, sont en général tellement étonnés d’arriver à séduire une jolie fille qu’ils les demandent en mariage un peu vite.

n appartement trop petit pour un si grand amour. Du coup, nous sortions trop souvent de chez nous, et fûmes entraînés dans un tourbillon assez corrompu. Les gens disaient de nous:

— Ils sortent beaucoup, ces deux-là.

aller mal!

Et les gens n’avaient pas complètement tort, même s’ils étaient bien contents d’avoir, pour une fois, une jolie fille dans leurs soirées glauques.

r à l’ordre.

Nous fûmes infidèles, à tour de rôle.

Nous nous sommes quittés comme nous nous étions mariés; sans savoir pourquoi.

it, souriez, souriez, c’est un cauchemar sans fin et ce n’est que le tout début: ensuite, vous allez voir, tout est organisé pour qu’ils se détestent.

 

 

IX

Pluie sur Copacabana

 

décevante. La vérité est toujours décevante, c’est pourquoi tout le monde ment.

 

commence dans l’eau de rose et finit en eau de boudin. Anne cherchait sa brosse à cheveux et fut décoiffée par un Polaroid de femme assorti de quelques lettres d’amour qui n’étaient pas d’elle.

 

gêné que ses larmes n’arrêtassent pas de couler, et tout le monde me regardait. Il est toujours assez embarrassant d’être un salaud en public.

a fin d’Adolphe: “La grande question dans la vie, c’est la douleur que l’on cause, et la métaphysique la plus ingénieuse ne justifie pas l’homme qui a déchiré le cœur qui l’aimait.”

e sable, dans les tambours assourdissants de la samba, je me suis moi aussi mis à pleuvoir.

pomme z” avec sa vie. Car c’est soi-même qu’on abîme le plus, quand on fait souffrir quelqu’un.

passé: mes fleurs devaient être moches, ou les dieux absents. En tout cas, je n’ai jamais été exaucé.

 

 

X

Palais de Justice de Paris

 

ur cesser de culpabiliser.

 

ont-ils, tous ces proches qui se gavaient de petits fours à mes noces et qui à présent me boycottent, alors que ce devrait être l’inverse — on devrait toujours se marier seul et divorcer avec le soutien de tous ses amis?

a percés à jour: il a raison, nous sommes des enfants de quatre ans.

accident de voiture, perdre son logement à la suite d’un licenciement abusif) sont les seuls événements qui nous apprennent à devenir des hommes.

… Et si l’adultère m’avait rendu adulte?

 

mon épouse, vous avez blessé mon cœur par l’un de vos yeux et par un cheveu de votre cou.”

toujours. “Au revoir” sera le dernier mensonge.

 

 

XI

L’homme de trente ans

 

Dans mon milieu, on ne se pose aucune question avant l’âge de trente ans et, à ce moment-là, bien sûr, il est trop tard pour y répondre.

 

rofité? Aurions-nous dû vivre autrement? Sommes-nous avec la bonne personne, dans le bon endroit? Que nous propose ce monde? De la naissance à la mort, on branche nos vies sur pilotage automatique, et il faut un courage surhumain pour en dévier le cours.

20 ans, je croyais tout savoir de la vie. À 30 ans, j’ai appris que je ne savais rien. Je venais de passer dix années à apprendre tout ce qu’il me faudrait, par la suite, désapprendre.

 

un désastre, en guise de délivrance. Une catastrophe pour être soulagé.

 

raiment des cas extrêmes.

, on veut être comme tout le monde, par peur d’être en dessous. Et c’est le meilleur moyen de ruiner un amour véritable.

 

es attendent le Prince Charmant, ce concept publicitaire débile qui fabrique des déçues, des futures vieilles filles, des aigries en quête d’absolu, alors que seul un homme imparfait peut les rendre heureuses.

 

ses, et elles s’y connaissent en la matière. Elles ont de l’entraînement. Oui, on peut encore l’écrire aujourd’hui: familles, je vous hais.

rcé à jouer le mari comblé. Mais je me mentais à moi-même depuis trop longtemps pour ne pas, un jour, commencer à mentir à quelqu’un d’autre.

 

 

XII

Les illusions perdues

 

? Pourquoi le sentiment amoureux ferait-il exception à la schizophrénie générale?

lement sont monogames. La plupart des espèces animales sont polygames. Quant aux extraterrestres, n’en parlons pas: il y a longtemps que la Charte Galactique X23 a interdit la monogamie dans toutes les planètes de type B#871.

tous les repas: une indigestion de ce que vous adorez, jusqu’à l’écœurement. “ Allez, vous en reprendrez bien un peu, non? Quoi? Vous n’en pouvez plus? Pourtant vous trouviez cela délicieux il y a peu, qu’est-ce qui vous prend? Sale gosse, va!”

e de l’amour, son incroyable pouvoir, devait franchement terrifier la société occidentale pour qu’elle en vienne à créer ce système destiné à vous dégoûter de ce que vous aimez.

 

u t’en fous, mais il faut bien que quelqu’un s’en préoccupe, de la survie de l’espèce! Si tu crois que ça m’amuse!… ”

 

imal insatisfait qui hésite entre plusieurs frustrations. Si les femmes voulaient jouer finement, elles se refuseraient à eux pour qu’ils leur courent après toute leur vie.

ment minable que l’on se permet avec l’excuse du mariage) -je ne me suis pas rasé. Je pensais que ce n’était pas grave, puisqu’elle ne s’en rendrait pas compte. Alors que cela signifiait simplement que je ne l’aimais plus.

ais que haine de moi, honte d’elle, indifférence, envie de chialer. Et je serrais contre mon cœur cette pieuvre molle, puis je lui faisais un baisemain mouillé de tristesse et de dépit.

 

C’est comme ça qu’on s’en rend compte: de l’eau a coulé sous les ponts, l’incompréhension règne; on a rompu sans même s’en apercevoir.

 

 

XIII

Flirting with disaster

 

qui, ni quand, et encore moins où).

— Pourquoi fais-tu la gueule?, m’a-t-il demandé.

Je me souviens lui avoir juste répondu:

— Parce que l’amour dure trois ans.

artout où j’apparais. Dès que j’ai l’air triste et qu’on me demande pourquoi, je rétorque, de but en blanc:

— Parce que l’amour dure trois ans.

Je trouve ça d’un chic fou.

À la longue, je me dis même que ça ferait peut-être un bon titre de livre.

 

peur.

des gens.

Après trois ans, un couple doit se quitter, se suicider, ou faire des enfants, ce qui sont trois façons d’entériner sa fin.

 

e. Je la réveille. Pourquoi n’a-t-elle pas mis son répondeur? Je ne sais pas quoi lui dire. “Euh… Excuse-moi de te réveiller… je voulais juste te dire bonsoir…”

”. J’ai bien fait de louer un appartement avec poutres apparentes. Il suffit de monter sur cette chaise, là, comme ceci,

a contenant les anxiolytiques écrasés. Après, on passe la tête dans le nœud coulant, et au moment où l’on s’endort, logiquement, c’est pour ne plus se réveiller.

 

 

XIV

Résurrection provisoire

 

chaise renversée et d’une femme de ménage debout.

— Bonjour Carmelita… Je… J’ai dormi longtemps?

— Pouviez-vous vous poussi s’il vo pli Missieu ce pour passé l’achpirador s’il vo pli Missieu?

Ensuite, on trouve un mot sur sa télé:

gnie. Quelle perte de temps aussi que de vouloir se tuer, quand on est déjà mort.

 

ire des châteaux de sable, puis sauter dessus à pieds joints, et recommencer l’opération, encore et encore, alors qu’on sait bien que l’océan les aurait effacés de toute façon?

 

s fatiguent. On est vieux quand on a dit la veille à une demoiselle née en 1976: “76? Je m’en rappelle, c’était l’année de la sécheresse.”

 

N’ayant plus d’ongles à ronger, je décide de sortir dîner.

 

 

XI

Le mur des lamentations (suite)

 

z pas. Personne ne se moque de Don Quichotte qui attaquait pourtant des moulins à vent comme un débile barbichu.

 

oi: un jour, j’ai eu cette vulgaire tentation d’être heureux. Ce que j’ai appris depuis, c’est que c’était la meilleure manière de me détruire. Au fond, sans le faire exprès, je suis un garçon cohérent.

.

J’avais tort. Jean-Georges est seul chez lui. Il veut m’entendre. Il m’attrape par le col et me secoue comme un parcmètre n’imprimant pas le ticket horodateur après avoir avalé sa pièce de dix balles.

ou merde? Sinon, à quoi je sers, moi?

 

Je baisse les yeux pour cacher qu’ils s’embuent. Je fais semblant d’être enrhumé pour pouvoir renifler. Je bredouille:

— Euh… Mais non, vraiment, je ne vois pas ce que tu veux dire…

ais?

Alors, à voix basse, le cœur gros, les pieds en dedans, je passe aux aveux:

— Elle s’appelle Alice.

 

 

XVI

Veux-tu être mon harem?

 

Alors voilà; Marc et Alice se sont mariés il y a trois ans. L’embêtant, c’est qu’ils ne se sont pas mariés ensemble.

 

rc a épousé Anne, et Alice s’est mariée avec Antoine. C’est ainsi: la vie s’arrange toujours pour compliquer les choses — ou bien est-ce nous qui recherchons la complication?

en bikini sur une plage italienne, près de Rome. À Fregene, pour être précis.

 

our dure trois ans?

 

sentimentale. Je trouve que ce serait beau, de ne faire qu’une seule chose à la fois, pour une fois.

Résultat: de nouveau seul.

e aux lèvres; attendre avec curiosité le moment où cela va foirer. L’amour est la seule déception programmée, le seul malheur prévisible dont on redemande. Voilà ce que j’ai dit à Alice, avant de la supplier à genoux de partir avec moi — en vain.

 

 

XVII

lemmes

 

Un jour, le malheur est entré dans ma vie et moi, comme un con, je n’ai plus jamais réussi à l’en déloger.

 

me.

“ Fan-Chiang demanda: — Qu’est-ce que l’amour?

Le maître dit: — Donner plus de prix à l’effort qu’à la récompense, cela s’appelle l’amour. ” (Confucius)

e maîtresse collante qui attend que son homme marié se souvienne de son petit cul. Moi qui n’affectionnais que les larges avenues, je me retrouve “ back street ”. Une seule question me taraude sans cesse et résume toute mon existence:

faire l’amour sans aimer, ou aimer sans faire l’amour?

 

‘ai un angelot qui veut que je revienne avec ma femme, et un diablotin qui me suggère de coucher avec Alice. Dans ma tête c’est un talk-show permanent entre eux deux, en direct. J’aurais préféré que le diable m’ordonne de baiser ma femme.

 

 

XVIII

et des bas

 

Hélène et les Garçons.

 

le avoir été conçu exclusivement pour déstabiliser les gentils hommes mariés qui n’avaient rien demandé — ou ne demandaient pas mieux. C’est ce qui la différencie de l’autruche (avec le fait qu’Alice ne pond pas d’œufs d’1 kg).

 

mari… C’était d’ailleurs moi qui lui avais soutenu que, là où elle se trouvait, Bonne Maman ne se rendrait vraisemblablement pas compte de son absence. Je ne sais pas, j’avais dû sentir que quelque chose allait m’arriver.

e rende compte à quel point je tenais à elle. Zut, à la fin. Quand je ne quittais pas les gens que j’aimais, c’étaient eux qui mouraient. Je me suis mis à pleurer sans aucune retenue car je suis un garçon influençable.

re chose à faire dans un enterrement, c’est de tomber amoureux.

vu que j’avais vu qu’elle m’avait regardé comme elle m’avait regardé. Je me souviendrai toujours de la première chose que je lui ai dite:

— J’aime bien la structure osseuse de ton visage.

Betty Page étirée sur un mètre soixante-dix-sept. Une folle rassurante. Une allumeuse calme, d’une réserve impudique. Une amie, une ennemie.

 

te fille n’en faisait pas partie?

ntait son corps sensuel. Exactement mon type: je n’aime rien tant que la contradiction entre un visage angélique et un corps de salope. J’ai des critères dichotomiques.

on cerveau, son lit, voire le reste. Avant d’être une autruche, cette fille était un paratonnerre; elle attirait les coups de foudre.

— Tu connais le Pays basque? lui ai-je demandé.

— Non mais ça a l’air joli.

que je sois marié et toi aussi, parce que sans cela nous aurions pu fonder une famille dans une ferme de la région.

— Avec des moutons?

coq pour les poules, un vieil éléphant myope, une douzaine de girafes, et plein d’autruches comme toi.

— Je ne suis pas une autruche, je suis un paratonnerre.

— Eh oh! Si en plus tu lis dans mes pensées, où allons-nous?

 

ns le ciel et à Bonne Maman qui ne m’en voulait pas.

 

 

XIX

Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve

 

ant. Or, pour aggraver les choses, Alice n’était pas n’importe quelle inconnue. Elle portait un pull moulant noir. Un pull moulant noir peut modifier le cours de deux vies.

voir une pièce de théâtre que vous ne connaissez pas par cœur, élire n’importe qui Président plutôt que celui qui était là avant?

 

une femme qui ne vous appartienne jamais! (De ce côté-là, avec Alice, j’allais être servi.)

, depuis le temps, cela se saurait. Je ne sais pas si je suis très clair, mais je me comprends: ce que je veux dire, c’est que le mariage mélange des trucs qui ne vont pas bien ensemble.

e de son piédestal. Nous fîmes l’amour sans conviction. Ma vie était en train de basculer. Vous voyez le 35e dessous? Eh bien moi, je venais d’emménager à l’étage inférieur.

 

Il n’y a pas d’amour heureux.

 

Il n’y a pas d’amour heureux.

 

R HEUREUX.

 

Combien de fois faudra-t-il te le répéter avant que ça te rentre bien dans le crâne, Ducon?

 

XX

Tout fout le camp

 

s en danger; ou bien ce n’est pas une allumeuse et vous êtes encore plus en danger.

 

J’étais une huître peinarde dans son confort hermétiquement clos, et tout d’un coup, voilà-t-y pas qu’Alice me cueillait, m’ouvrait la gueule et m’aspergeait de citron.

 

Seigneur, ne cessais-je de me répéter, faites que cette fille aime son mari, parce que sinon, je suis dans la merde!

ux absents. Qu’y pouvais-je? Le mariage, le temps, Alice, le monde, la ronde des planètes, les pulls moulants noirs, l’Europe de Maastricht, tout semblait se liguer contre notre couple innocent.

 

sais au revoir. Le plus dur ne serait pas de quitter Anne mais de renoncer à la beauté de notre histoire. Je me sentais comme toute personne qui abandonne un projet trop ambitieux pour être possible: à la fois déçu et soulagé.

 

 

XXI

Points d’interrogation

 

Quand je rencontre un ami dans la rue, cela donne de plus en plus souvent ceci:

— Tiens! Salut, ça va?

— Non, et toi?

— Non plus.

— Bon alors, à bientôt.

— Salut.

Ou c’est un copain qui me raconte une blague:

herpès?

— …

— Allez… Cherche… Tu devines pas?

— …

— C’est pourtant facile: l’herpès dure toute la vie.

— …

Je ne ris pas. Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle là-dedans. J’ai dû perdre mon sens de l’humour en cours de route.

 

s’apercevoir que l’on a les mêmes interrogations que tout le monde. C’est une leçon de modestie.

Ai-je raison de quitter quelqu’un qui m’aime?

Suis-je une ordure?

À quoi sert la mort?

Vais-je faire les mêmes conneries que mes parents?

et, si oui, à quelle heure?

Est-il possible de tomber amoureux sans que cela finisse dans le sang, le sperme et les larmes?

Ne pourrais-je pas gagner beaucoup plus d’argent en travaillant beaucoup moins?

à Fermentera?

 

Après quelques semaines de scrupules et de tortures, j’en vins à la conclusion suivante: si votre femme est en train de devenir une amie, il est temps de proposer à une amie de devenir votre femme.

 

 

XXII

Retrouvailles

 

oir Alice m’était déjà un supplice. Il fallait donc lui parler sans lui parler. Je suis revenu dans le salon, pour repasser devant Alice en faisant semblant de ne pas la voir.

— Marc! Tu ne me dis plus bonjour?

ais pas reconnue! Je… suis… content… de… te… revoir…

— Moi aussi! Tu vas bien?

Elle était mondaine, indifférente et cauchemardesque, le regard ailleurs.

— Tu te souviens d’Antoine, mon mari?

Poignée de mains congelée.

a femme?

— Ben… Elle est partie dans la cuisine pour planter les bougies sur le gâteau…

Pile comme je finissais ma phrase, les lumières s’éteignirent, les joyeux anniversaires furent entonnés, et Alice disparut dans l’adversité.

in d’Antoine et ils s’éloignèrent comme sur un tapis roulant, tandis que la maîtresse de maison riait de son vieillissement, sous les applaudissements de copines de la même classe d’âge.

quoi ressemblait mon âme.

és, Alice a tourné vers moi ses yeux noirs qui débordaient. J’ai chuchoté:

— Ce n’est pas possible, Alice, ce n’est pas toi… Il ne s’est rien passé, le mois dernier, à Guéthary? Et ma ferme à autruches, qu’est-ce que je vais en faire?

ouci. En baissant les yeux, tout doucement, à voix basse — tellement basse que je me suis demandé si je n’avais pas rêvé — elle laissa juste tomber ces deux mots en me frôlant discrètement la main, avant de disparaître avec son mari:

— J’ai peur…

 

félicité! La folie, putain de bordel!

 

Les plus belles fêtes sont celles qui ont lieu à l’intérieur de nous.

 

 

XXIII

Partir

 

issent pas, sans raisons particulières, comme ça, simplement parce qu’ils se plaisent et luttent pour ne pas le montrer.

ens vulgaires nomment cela l’érotisme, alors qu’il ne s’agit que de pornographie, c’est-à-dire de sincérité. Le monde peut s’écrouler, vous n’avez d’yeux que pour ces autres yeux. Au plus profond de vous-même, en cet instant, vous savez enfin.

zéro. La case “départ” promet tellement. C’est comme si on s’était jusque-là retenu de respirer sous l’eau, en apnée juvénile. L’avenir est l’épaule nue d’une inconnue. La vie vous donne une seconde chance; l’Histoire repasse les plats.

 

que cette attirance est superficielle mais il n’y a rien de plus profond; on est prêt à tout; on accepte les défauts; on pardonne les imperfections; on les cherche même, avec émerveillement.

On n’est jamais attiré que par des faiblesses.

lée, je lui faisais peur! peur! Pourtant le plus terrifié des deux n’était certes pas elle. Néanmoins, jamais je n’ai été aussi joyeux de foutre la trouille à quelqu’un.

 

Je ne savais pas encore que j’allais le regretter.

 

 

XXIV

Beauté des commencements

 

omptait les secondes qui nous séparaient de l’an 2000.

— Tu vois, Alice, cette horloge symbolise notre amour.

— Qu’est-ce que tu racontes?

issé la lunette des chiottes, je passerai la soirée devant la télé jusqu’à la fin des programmes, et tu me tromperas, comme tu trompes Antoine en ce moment.

de t’angoisser sur notre futur?

a fini entre nous le… 15 mars 1997.

— Et si je te quittais tout de suite, pour gagner du temps?

— Non, non attends, j’ai rien dit…

C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’aurais mieux fait de fermer ma gueule avec mes théories à la con.

— Euh…, ai-je repris, tu voudrais pas quitter Antoine, plutôt? Comme ça on pourrait s’installer dans la Petite Maison dans la Prairie, et regarder nos enfants grandir dans le Jardin Enchanté…

s pourquoi faut-il toujours que tu gâches tous nos bons moments avec tes crises de cafard?

— Mon amour, si un jour tu me trompes, je te promets deux choses: d’abord je me suicide, et après je te fais une scène de ménage dont tu te souviendras.

 

ns-nous, couple illégitime, promeneurs planqués côte à côte, les yeux dans les yeux, mais jamais main dans la main au cas où nous croiserions des amis de nos mari et femme.

vie. Je crois que c’est cela qui m’a séduit chez Alice. Au premier mariage on cherche la perfection, au second on cherche la vérité.

s ronds comme des boules de pétanque, des clavicules fines comme des ailes de poulet, des jambes dorées comme le ciel de Toscane, un cul rebondi comme une joue de bébé, et surtout, surtout pas de maquillage. Il

que le parfum et la cigarette.

tartineront d’écran total… Si, au bord d’une piscine, vous rencontrez une femme qui refuse de mouiller ses cheveux pour ne pas les décoiffer, fuyez. Si elle plonge en gloussant, plongez-lui dessus.

 

rune indomptable, indienne brûlante, une Esmeralda (la femme de Quasimodo) et mon Dieu comme je bénissais alors le Ciel de m’avoir donné la chance de rencontrer pareille créature.

 

quatre ou cinq heures sans votre maîtresse, celle-ci se met à vous manquer, c’est que vous n’êtes pas amoureux — si vous l’étiez, dix minutes de séparation auraient suffi à rendre votre vie rigoureusement insupportable.

 

 

XXV

Merci Wolfgang

 

une déclaration d’amour conjugal. Mais peut-être pas. En tout cas, je crois que j’aurais eu un certain mal à faire avaler cela à Anne.

 

terais être réincarné en magnétoscope VHS pour pouvoir effacer ces images qui me hantent.

lat.

tout. Je l’ai engueulée.

— Une jeune minette qui se tape des vieux est aussi nulle qu’un vieux type qui se tape des jeunes. C’est trop facile!

— Je préfère un vieux beau rassurant à un jeune moche névrosé, m’a-t-elle répondu.

t en s’arrangeant pour que tout le monde le sache. Je tombai de haut ce soir-là. Juste retour des choses. En rentrant à la maison, j’entendis Mozart à la radio.

 

nt Pourrissement, nous Mourons chaque Jour. Heureusement qu’il nous reste toujours Mozart. De combien de gens Mozart a-t-il sauvé la vie?

 

 

XXVI

Chapitre très sexe

 

ronder.)

e n’étais pas dans mon état normal. Oui, Anne, je te l’apprends ici même, si tu lis ce livre: pendant notre voyage de noces, j’ai fait exprès de perdre au ping-pong, OK??

 

dre leur pied ensemble. On pense que cela peut évoluer, mais ça n’évolue pas. C’est une question d’épiderme, c’est-à-dire une injustice (comme toutes les choses qui ont trait à la peau: le racisme, le délit de faciès, l’acné…).

es genoux de sa maman. La vamp fatale au ton rauque devient fillette mielleuse qui confond son mari avec un chaton. Notre amour fut vaincu par des intonations.

ra le fiasco garanti, le contraire du désir, voilà, c’est ça le Devoir Conjugal.

… Une catastrophe.

couilles, pompe à essence, avaleuse de serpents, domina démoniaque, 3615 Nibs, gang-bang gratos aux Chandelles). Pour elle, je suis devenu plus qu’hétéro, homo ou bisexuel: je suis devenu omnisexuel. Pourquoi se limiter?

seuls les vieillards auraient le droit d’être libidineux.

En résumé, si une histoire de cul peut devenir une histoire d’amour, l’inverse est très rare.

 

 

XXVII

(I)

 

Première lettre à Alice:

 

“Chère Alice,

pourquoi, sous prétexte que tu t’appelles Alice, personne ne pourrait te dire que tu es une merveille.

seule chance de rester près de toi ce week-end,

Marc.”

 

Aucune réponse.

 

“Alice,

Dis donc, tu ne serais pas la femme de ma vie, toi, tout de même?

e joue alors que je n’ai jamais été plus sérieux.

ienne. Ceci sera ma dernière lettre mais je ne t’oublierai pas tout de suite.

Marc.”

 

” (Raymond Radiguet)

 

Aucune réponse. Ce ne fut pas ma dernière lettre.

 

 

XXVIII

Le fond du gouffre

 

Salut, c’est encore moi, le mort-vivant des beaux quartiers.

nds, toujours plus bas, et il n’y a pas de fond pour rebondir.

pé. L’amour est source de problèmes respiratoires.

“Tais-toi imbécile, tu vois bien que c’est un dealer de jeunes!”

e privation organisée par l’État et la religion catholique, comme pour me punir de leur avoir désobéi à tous les deux. Stage intensif de souffrance.

nt à elle, mais ce n’était plus son odeur adorable de peau amoureuse brune endormie longues jambes ravissante minceur aux cheveux de sirène alanguie. On n’enferme pas tout cela dans un flacon.

pas seulement: souffrir ou faire souffrir. Cela peut aussi être les deux.

 

 

XXIX

Régime dépressif

 

: “Je pense donc je suis.” Il dirait: “Je suis seul donc je pense.” Personne ne veut la solitude, car elle laisse trop de temps pour réfléchir. Or plus on pense, plus on est intelligent, donc plus on est triste.

en rien. Je ne me sers à rien. Ma vie ne m’est d’aucune utilité. Qu’y a-t-il ce soir sur le câble?

orps svelte, dont vous pourrez profiter — si vous en réchappez.

onctuer mes propres blagues, celui d’avant que je ne découvre la vraie solitude.

rojeter un litre de merde liquide pestilentielle sur la porte en chialant et en appelant ma mère.

 

 

XXX

(II)

 

on vieux danger de la liaison épistolaire.

 

“Chère Alice,

Je t’attendrai tous les soirs à sept heures, sur un banc, place Dauphine. Viens ou ne viens pas, mais j’y serai, tous les soirs, dès ce soir.

Marc.”

 

ttendue mardi, sous la pluie. Mercredi il n’a pas plu, tu es venue. (On dirait une chanson d’Yves Duteil.)

 

— Tu es venue?

— Oui, on dirait.

— Pourquoi tu n’es pas venue lundi et mardi?

— Il pleuvait…

téléphone portable.

un silence gêné de circonstance, que j’ai voulu briser:

— Alice, je crois que c’est grave…

Mais tu m’en as empêché:

— Chut…

‘arriver?

J’ai voulu parler à nouveau:

— Alice, il est encore temps de reculer, vite, parce qu’après, il sera trop tard et moi, je vais t’aimer très fort, et tu ne me connais pas, je deviens très pénible dans ces cas-là…

ui m’a interrompu et tous les violons de tous les plus beaux films d’amour crachent un misérable grincement à côté de la symphonie qui résonna dans ma tête.

Et si vous me trouvez ridicule, je vous emmerde.

 

 

XXXI

L’amant divorcé

 

ntenant… Oui, c’est étrange, je suis place Dauphine et pourtant c’est à toi, Anne, mon ex-femme, que je pense…

 

ence.

 

 

XXXII

Je sais pas

 

qu’il nous épargnait son sourire complice et la question fatidique: “Pas de bagages, Messieurs-Dames?” car notre chambre était réservée au mois. La chambre 32. Elle sentait l’amour quand nous la quittions.

‘interroger.

— Bon sang, Alice, je t’aime de la plante des pieds jusqu’à la pointe des cheveux. Où est-ce qu’on va comme ça?

— Je sais pas.

— Tu crois que tu vas le quitter, Antoine?

— Je sais pas.

— Tu veux qu’on vive ensemble?

— Je sais pas.

s qu’on reste amants?

— Je sais pas.

— Mais qu’est-ce qu’on va devenir bordel?

— Je sais pas.

— Pourquoi tu dis tout le temps “Je sais pas ”?

— Je sais pas.

 

ue j’avais plutôt intérêt à m’y habituer.

Pourtant il m’arrivait de perdre tout sang-froid:

— Quitte-le! QUITTE-LE!

— Arrête! ARRÊTE DE ME LE DEMANDER!

— Divorce comme moi, MERDE!

ur est beau car il est impossible, tu le sais très bien. Le jour où je serai disponible, tu ne seras plus amoureux de moi.

— FAUX! FAUX! ARCHI-FAUX!

Les sourds et les malentendants dialoguaient mieux que nous.

 

 

XXXIII

L’impossible dé-cristallisation

 

d.

er. On finirait par confondre le plaisir avec l’amour. On risquerait d’avoir du mal à s’y retrouver.

jouait avec le feu. On flottait déjà dans le vide du précipice, comme ces personnages de dessins animés qui regardent le spectateur, puis le vide sous leurs pieds, puis de nouveau le spectateur, avant de chuter définitivement. “That’s all folks!”

t Anne en ce moment? Je leur répondais, au choix:

— Elle bosse tard en ce moment.

— Ah bon? Elle n’est pas là? Justement je la cherchais, j’ai rendez-vous avec ma femme.

l’écouter, elle a un sixième sens pour détecter les mauvais plans, ah, pardon, c’est toi qui organises…

— Anne? On est en procédure de divorce! Ha ha! Je plaisante.

— Elle bosse vraiment trop en ce moment.

— Tout va bien: j’ai la permission de minuit.

Partie en séminaire de travail avec l’équipe de football du Congo.

même nom que moi!

s, elle m’a supplié de rester avec elle, mais je ne voulais pas louper cette sympathique soirée. Exquis, ces œufs de saumon vous ne trouvez pas?

je vais bientôt être bourré de fric.

pas au point.

qu’Alice va venir?

En revanche, chaque fois que j’entendais le mot “Alice” prononcé quelque part, c’était comme un coup de poignard.

z-vous l’obligeance de ne plus prononcer ce prénom en ma présence, s’il vous plaît?

Merci d’avance,

Moi.

t se passer de moi. Je démissionnai des magazines où j’écrivais des chroniques mondaines.

 

s rêver personne, pas même eux.

 

es de journaux pourrait bien écrire un parasite au chômage? Imaginez le comte Dracula en plein jour: quel métier ferait-il? En quoi se recyclent les sangsues?

 

Et c’est ainsi que je suis devenu critique littéraire.

 

 

XXXIV

La théorie de l’éternel retour

 

ent cru que je serais différent d’eux.

pire, c’est quand, soi-même, on refait les mêmes conneries continuellement. Or c’est mon cas.

Toboggan Infernal. Le Space Mountain, c’est ma maison.

 

Je viens enfin de comprendre la phrase de Camus: “Il faut imaginer Sisyphe heureux.”

r que je m’accroche à cette jdée. Aimer mon malheur car il est fertile en rebondissements.

.” (modèle d’occasion). Et je remonte la rue Bonaparte en poussant mon rocher, suant sang et eau, centimètre par centimètre, pour enfin le laisser au parking Saint-Germain-des-Prés. Demain, le même cirque recommence. Et il faudrait m’imaginer heureux.

 

 

XV

Tendre est la nuit

 

nder s’il voulait que j’apporte du vin pour son dîner, ou quelque chose pour le dessert.

rqué qu’aucune femme ne résiste quand le mec de sa meilleure amie lui dit qu’il va très très mal. Cela doit ranimer en elles le sens du devoir, l’infirmière dévouée, la Petite Sœur des Pauvres qui sommeille.

pas beaucoup mais c’est aussi sa faute — aucune loi ne la contraint à porter toujours des tee-shirts taille huit ans s’arrêtant au-dessus de son nombril percé d’un anneau doré.

s, c’est comme les poivrons. Il faut les faire mariner.

— Tu veux dire que tu me conseilles de faire aux mecs ce qu’Alice te fait?

Pas si sosotte, la Julie.

ont des créatures fragiles.

, et même des artistes qui ne savent pas encore qu’ils en sont. J’ai remarqué que plus les gens sont doués, et plus ils sont gentils. Ce principe est absolu. Avec Julie, nous nous sommes assis sur un sofa pour manger des canapés, et non l’inverse.

connais depuis longtemps, ce Jean-Georges? me demande-t-elle.

supporte la compagnie. Nous sommes comme deux pédés qui ne coucheraient pas ensemble.

— Alors, susurre-elle en se redressant, ce qui exhibe sous mon nez ses deux globes de chair, tu me dis ce qui ne va pas?

mère est morte. Je ne savais pas qu’on pouvait se retrouver aussi seul.

l’intérieur de cette personne (à environ moins 12 centimètres en moyenne nationale).

pierre, et que les pierres ne meurent pas.

— Mouais, c’est dur… Tu flippes, quoi.

méro.

— Enfin… Il n’y a pas d’écrivain heureux… Je n’ai que ce que je mérite.

— Ah bon? Pourquoi? Tu écris des livres? Je croyais que tu organisais des fêtes?

tu en as peut-être entendu parler?

— Euh…

Elle est quand ta prochaine fête? Tu m’enverras une invitation, hein?

en crèvera, il faut tenir, coûte que coûte.

— Julie, tu sais, le principal intérêt du divorce, c’est qu’il permet de se laver les mains sans accrocher du savon au doigt…

— Ah oui? Pourquoi?

— Ben, à cause de l’alliance.

nt, toi.

— Tu as un fiancé en ce moment?

— Non. Enfin, oui, plusieurs. Mais aucun de sérieux.

— Oui, comme moi.

— Mais non, toi tu es amoureux d’Alice.

is n’arrive pas à le rester.

e tend la joue. Veste.

e façon de te faire céder. Je serai ton amant patient, torture calme, tentation immobile. Appelle-moi Tantale.

er quelque chose reste de l’oublier.

 

 

XXXVI

Free-lance

 

ire de son fabricant. Je reviens après une semaine de réflexion et propose cette liste:

Au lieu de vous marier, portez Hypnose de Copperfield.

Hypnose de Copperfield. Ce n’est pas un parfum, c ‘est un tour de magie.

oir, et demain soir, et tous les autres soirs.

Hypnose de Copperfield. Il cache une histoire d’amour dans un double fond.

Portez Hypnose et laissez agir toute une vie.

Hypnose de Copperfield. Ce parfum est truqué.

Hypnose: le flacon qui rend amnésique.

nose de Copperfield. Après, vous ferez semblant de ne plus vous souvenir.

là-bas, au bout de trois semaines de travail, je faxe le slogan que vous connaissez et qui a fait en une année de ce produit le leader mondial des fragrances vendues en “food”:

 

HYPNOSE DE COPPERFIELD. SINON, L’AMOUR DURE TROIS ANS.

 

 

XXXVII

l’eau de rose

 

rière. Ceux qui ont peur de la mort ne sont pas des gens curieux.

vait hâte d’être démenti. Ceux qui critiquent l’amour sont bien sûr ceux qui en ont le plus besoin: au fond de tout Valmont sommeille un indécrottable romantique qui ne demande qu’à sortir sa mandoline.

r faire l’amour encore et encore, jusqu’à en crever de joie, en pleurer de plaisir, caresses pour se consoler d’être si bien ensemble, melon glacé et jambon de Parme, Florence, Milan, s’il y a le temps…

 

 

XXXVIII

(III)

 

Alice:

“ Chère autruche,

-moi savoir.

espérer que mon attente prendra fin. J’ai très mal au ventre, et personne ne me soigne. Être amoureux, c’est cela: un mal de ventre dont le seul remède, c’est toi.

Ton Marc très cafardeux.”

 

n “jouissance sexuelle de très haut niveau entre deux êtres humains de sexes complémentaires”. Ensuite, contrairement à sa

promesse, elle me quitta vers neuf heures du soir, épuisée, et je me retrouvai de nouveau seul pour aller à la rencontre des heures.

 

 

XXXIX

La descente continue

 

situation ne va pas se prolonger. J’ai beau tenter de forcer le destin, celui-ci n’est pas en pâte à modeler.

les morceaux. Cette fois, c’est bien fini. Nous avons raccroché sans même nous dire adieu. Mon amour est Hiroshima. Voyez les dégâts que peut causer la passion; on en vient presque à citer Marguerite Duras.

tre de ma chambre et je songe qu’elle est comme moi: il y a du verre entre elle et ja réalité. Séparée du bonheur par une prison invisible.

et son petit confort avec son mari. Pourquoi n’avoir qu’une seule vie quand on peut en avoir plusieurs? Elle change de mec comme on change de chaîne sur le câble (j’espère au moins que je suis “Eurosport”).

Tant pis pour cette conne! Mais ces sursauts d’orgueil ne durent pas longtemps car je n’ai pas un instinct de survie assez développé.

 

d’autre chose.

e d’abîme. J’aimerais les prévenir, tout leur expliquer, pour que ce genre de déconvenue ne leur arrive pas. C’est une mission que je m’accorde, et elle m’aide à y voir plus clair. Mais il n’est pas impossible que la rivière demeure à jamais souterraine…

 

 

XL

Conversation dans un palace

 

s. Je lui demande:

— Dis, tu crois que l’amour dure trois ans?

Il me regarde avec pitié.

— Trois ans? Mais c’est énorme! Quelle horreur! Trois jours, c’est amplement suffisant! Qui t’a mis cette ânerie dans la tête, petit moussaillon?

est hormonal, enfin, biochimique, quoi… Au bout de trois ans c’est fini, on n’y peut rien. Tu trouves pas ça triste?

nuyer bien. Il faut trouver la personne avec qui l’on a envie de s’emmerder. Puisque la passion éternelle n’existe pas, recherchons au moins un ennui agréable.

ons?

“institutionnelle”, c’est l’ennui qui doit être la normale — et la passion une cerise sur le gâteau. Tu sais, la peur de l’ennui…

e détestent, s’ennuient, se trompent, tirent la gueule et restent ensemble juste pour faire durer leur mariage, je ne regrette pas de divorcer… Au moins, moi, je garderai une belle image de mon histoire.

uvoir être ensemble. Moi, si j’étais toi, je rappellerais Anne.

— Jean-Georges?

— Quoi, mon zouzou?

— Dis pas de conneries. On se reprend deux verres?

— OK si c’est toi qui raques.

— Jean-Georges, je peux te poser une question?

— Dis toujours.

souffert par amour?

— Non, tu le sais bien. Je ne suis jamais tombé amoureux. C’est mon grand malheur.

— Parfois je t’envie. Moi, je ne suis jamais resté amoureux, c’est pire.

ses yeux détournés. Sa voix se fait plus grave:

de sujet, si tu veux bien.

Et voilà, mon malheur est contagieux. Maintenant on est deux à avoir le blues, nous voilà bien avancés.

— Tu crois que je suis un salaud?

a crème. Tu as encore quelques progrès à faire. Par contre…

— Par contre quoi?

— Par contre, t’es vraiment un gros pédé de la fesse et je vais tout de suite t’attraper par le petit orifice.

versant la table, les verres et les fauteuils dans un grand éclat de rire, pendant que le barman cherche frénétiquement dans l’annuaire le téléphone des urgences psychiatriques de l’hôpital Sainte-Anne.

 

 

XLI

Conjectures

 

t Richard Burton. Pas tellement mieux.

és sans rien nous dire. Nous serions ensemble, à nouveau, et ririons bientôt en évoquant notre séparation. Nous en avions vu d’autres.

 

us de villages, plus de Dieu. Nos aînés nous ont délivrés de toutes ces oppressions et à la place ils ont allumé la télévision. Nous sommes abandonnés à nous-mêmes, incapables de nous intéresser à quoi que ce soit d’autre que notre nombril.

téléphone avec un sourire que je voudrais machiavélique et qui n’est qu’intimidé.

 

 

XLII

L’émouvant stratagème

banquette. Avant, nous aimions dîner côte à côte dans cette brasserie, mais avant c’était avant, et ce soir nous dînons face à face.

Elle m’observe avec curiosité avant de répondre:

vérifiant sur sa montre) seize minutes.

— Et quarante-trois secondes, quarante-quatre, quarante-cinq…

tout ce qui s’est passé n’avait pas eu lieu. Mais Anne voit bien que je suis malheureux, et ça la rend malheureuse de ne pas en être la cause. Au dessert, énervée, elle m’agresse un peu.

ires de vieux amis. Qu’est-ce que tu veux me dire?

— Eh bien… Il y a des affaires à toi à la maison, je me demandais si tu voulais venir les récupérer. Et en même temps, on aurait pu en profiter pour passer le week-end ensemble et voir si…

tombé sur la tête ou quoi? On est divorcés mon vieux! Je vois très bien que ce n’est pas moi dont tu es amoureux, et puis merde, je ne suis pas un jouet que tu peux trimballer!

— Chut! Pas si fort…

Je m’adresse à nos voisins de table.

e des autres?

lant. Je lui demande pardon. Elle me dit que ça va. Elle semble accepter cette rupture mieux que moi.

— Marc, il est trop tard. Nous avons atteint un point de non-retour. J’aime quelqu’un, et toi aussi: nous n’avons plus rien à faire ensemble.

e sais, je suis ridicule… Je me disais qu’on aurait pu réessayer… Tu es sûre que tu ne veux pas que je te raccompagne?

u apprennes à te mettre à leur place.

Mais nous ne sommes pas dans un film.

Nous sommes dans la vie où les taxis roulent.

 

même peine qu’on ressent, celle de se sentir, une fois pour toutes, orphelin.

 

 

XLIII

Episode mesquin

 

gueuler. Essayez la même chose sur un autre couple, le soir: le couple vous sourira en posant pour votre flash.

proposé froidement de déjeuner en tête à tête.

— J’apporterai un projecteur de diapos.

ait l’amour, mais je l’interromps:

— Tout va bien. Je pars ce week-end avec Anne.

Nous savons tous que c’est faux, sauf Alice, qui vient de se prendre un Scud en pleine poire.

— Ah.

— Alors, reprends-le-cours-de-la-conversation-je, c’était bien ce voyage?

ange pas.

 

Ce qui est étonnant, ce n’est pas que notre vie soit une pièce de théâtre, c’est qu’elle comporte si peu de personnages.

 

 

XLIV

(IV)

 

 

Une semaine plus tard.

 

Dernière lettre à Alice:

 

“Mon amour,

mais à quel point tu m’as fait mal.

on avenir.

l vaut mieux se quitter. Je préfère être malheureux sans toi qu’avec toi.

Ou quand ça marche au lit, ils n’ont rien à se dire après. Nous, on a passé toutes ces épreuves avec les félicitations du jury, sauf qu’on est recalés puisqu’on n’est pas ensemble.

r rien. Personne ne nous reprochera d’avoir saisi notre chance.

te que toi, à t’attendre. Je t’aime à la folie, je n’ai envie que de toi, je ne pense qu’à toi, je t’appartiens corps et âme.

Ton Marc qui a pleuré en écrivant ceci.”

 

 

XLV

Alors

 

que tu ries comme ça, c’est nerveux, j’ai joui si fort je t’adore, mon amour, quel jour sommes-nous?

 

 

 

II

TROIS ANS PLUS TARD À FORMENTERA

 

 

I

Jour J-7

 

taires, etc.) comme dans le fond (nightclubbing, sexe, drogue, rock’n roll…)” on se rend vite compte que tout ce qu’on voudrait, c’est écrire un roman d’amour avec des phrases très simples — bref, ce qu’il y a de plus difficile à faire.

ndre le parfum des couleurs. Tous ces trucs que le monde veut nous interdire.

pprimer la dictature de l’entreprise.

s la pluie.

Soleil blanc. Promenade en Vespa. Chaleur et poussière. Fleurs desséchées. Mer turquoise. Odeur des pins. Chant des grillons. Lézards trouillards. Moutons qui font mêêê.

— Il n’y a pas de “mais”, leur rétorque-je.

es filent. Respirer de l’air devrait toujours être une occupation à plein temps.

ez ce type, vous penseriez sans doute: “ Mais que fout ce con de Parisien à la Fonda Pepe hors saison?” Cela me chagrine un peu, vu que le type en question, c’est moi. Alors, mettez-la un peu en veilleuse, merci. Je suis l’ermite qui sourit au vent tiède.

 

Dans une semaine cela fera trois ans que je vis avec Alice.

 

 

II

Jour J — 7

 

yclique? Maintenant qu’elle était là, en voulais-je vraiment? Deviendrais-je trop tendre? M’arrivait-il de m’ennuyer avec elle? Quand est-ce que j’arrêterais de me prendre la tête, bordel de merde?

nt des sentimentaux. Nous avons détruit deux mariages pour rester unis, tel le blob qui absorbe ses victimes pour s’agrandir. Le bonheur est une chose si monstrueuse que, si vous n’en crevez pas vous-même, il exigera de vous au moins quelques assassinats.

 

Jean-Georges est venu me rejoindre à Fermentera. Ensemble, nous refaisons le monde, puis rendons visite aux poissons sous la mer. Il rédige une pièce de théâtre, et boit donc autant que moi.

 

Poème à lire en état d’ivresse:

 

À Formentera

Tu fermenteras.

 

roquets, en jouant au billard. Il me raconte ses amours. Il vient de rencontrer la femme de sa vie, il est heureux, pour la première fois.

— Aimer: nous ne vivons pour rien d’autre, dit-il.

— Et faire des enfants?

un dans un monde pareil? Criminel! Egoïste! Narcissique!

— Moi, les femmes, je leur fais mieux qu’un enfant: je leur fais un livre, proclame-je en levant le doigt.

t légèrement duveteuse, grands yeux noirs, se tient cambrée, farouche comme une squaw.

— Elle ressemble à Alice, dis-je. Si je couchais avec elle, je serais quand même fidèle.

Alice est restée à Paris, et viendra me rejoindre ici dans une semaine.

 

x jours cela fera trois ans que je vis avec elle.

 

 

III

Jour J — 5

 

Matilda she take me money and run Venezuela.

 

demandé:

— Pardon Mademoiselle, nous cherchons un endroit où dormir. Vous n’auriez pas de la place chez vous, por favor?

tous assez troublés, même elle.

 

lantes exotiques.

 

Dans cinq jours cela fera trois ans que je vis avec Alice.

 

 

IV

4

 

‘avant-garde.

Alice a débarqué par surprise. Elle a mis ses mains sur mes yeux au marché de la Mola, trois jours avant la date prévue de son arrivée.

— Qui c’est?

— No sé. Matilda?

— Salaud!

— Alice!

Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre.

ça, pour une surprise, c’est une surprise!

J’étais obligé de dire ça?

— Avoue que tu ne t’y attendais pas, hein? Et d’abord c’est qui cette Matilda?

— Oh rien… Une locale que Jean-Georges a branchée hier soir.

r, Alice m’énumère la liste des garçons qui l’ont suppliée de me quitter à Paris. Je lui narre en détails mon rêve erotique de la veille. Pourquoi toutes les femmes que j’aime ont-elles les pieds froids?

r. Ils semblent très épris. Ils ont découvert qu’ils avaient tous les deux perdu leur père cette année.

— Mais moi c’est plus grave car je suis une fille, dit Matilda.

rges.

— Les filles qui n’ont jamais été amoureuses de leur père sont frigides ou lesbiennes, précise-je.

re à regret, mais on se rattrape chacun dans sa chambre.

 

s nous installions ici? Rien ne coûte cher ici. Je faxerais des papiers à Paris, je demanderais des à-valoir à plusieurs éditeurs, de temps en temps j’expédierais une campagne de pub par DHL…

Et l’on s’emmerderait à crever.

 

nes. Je l’aime et pourtant j’ai peur qu’on s’ennuie. Parfois, nous jouons à être chiants exprès. Elle me dit:

— Bon… Je vais aller faire les courses… À tout à l’heure…

Je lui réponds:

— Et après nous irons nous promener…

— Cueillir du romarin…

Déjeuner sur la plage…

— Acheter les journaux…

— Ne rien faire…

— Ou nous suicider…

— La seule belle mort à Formentera, c’est de tomber de vélo, comme la chanteuse Nico.

si grave.

Le suspense augmente. Dans quatre jours cela fera trois ans que je vis avec Alice.

 

 

V

Jour J — 3

 

s’interrompre, s’envoler, se quitter, se réconcilier, se fâcher, et enfin s’unir dans le crescendo final. C’est la musique de la vie à deux. Le violon et le piano sont incapables de jouer seuls…

é. Jamais je ne pourrai donner autant à quelqu’un d’autre. Finirai-je ma vie en baisant des putes de luxe et des cassettes vidéo?

Il faut que ça marche.

Il faut que nous parvenions à passer le cap des trois ans. Je change d’avis toutes les secondes.

tre faudrait-il que nous vivions séparés. La vie à deux, c’est trop usant.

Je n’ai pas de tabou; l’échangisme ne me choque pas. Après tout, quitte à être cocu, autant l’organiser soi-même. L’union libre, c’est cela la solution: un adultère sous contrôle.

on. Je sais: il faut que nous fassions un enfant, vite!

J’ai peur de moi. Le compte à rebours égrène ses journées de Damoclès. Dans trois jours cela fera trois ans que je vis avec Alice.

 

 

VI

Jour J — 2

 

e le temps s’arrête, que l’amour soit éternel, que rien ne meure jamais, pour se prélasser dans une perpétuelle enfance dorlotée. On bâtit des murs pour se protéger et ce sont ces murs qui un jour deviennent une prison.

 

es, mais savoir s’étonner devant le miracle de tous les jours. Être généreux, et simple. On est amoureux le jour où l’on met du dentifrice sur une autre brosse à dents que la sienne.

 

i l’on aime. Il faut être achevé pour vivre une histoire inachevée.

 

st publié chez Grasset qu’il dit nécessairement la vérité.

 

and même, j’avance malgré, j’avance et je vous jure que c’est beau.

rêtons pas de manger. C’est la vraie vie, enfin. Quand je l’ai demandée en mariage, Alice a eu cette réponse pleine de tendresse, de romantisme, de finesse, de beauté, de douceur et de poésie:

— Non.

 

Après-demain, cela fera trois ans que je vis avec elle.

 

 

VII

Jour J -1

 

de Roberta Flack et je savais que je m’en souviendrais.

— Tu sais, Marc, que demain ce sera l’anniversaire de nos trois ans ensemble?

— Chut! Tais-toi! On s’en fiche, je ne veux pas le savoir!

ça mignon, je ne vois pas pourquoi tu devrais être désagréable.

— Je ne suis pas désagréable, simplement il faut que je travaille.

— Tu veux que je te dise? Tu es un égoïste prétentieux, tu t’intéresses tellement qu’à toi que ça en devient écœurant.

r pouvoir aimer quelqu’un d’autre, il faut d’abord s’aimer soi-même.

— Ton problème, c’est que tu t’aimes tellement qu’il n’y a plus de place pour personne d’autre!

urs du jardin étaient jaunes et rouges. Je lui ai demandé:

— Dans combien de temps tu me quitteras?

— Dans dix kilos.

— Eh! J’y peux rien si le bonheur fait grossir!

se: “Le bonheur, c’est le silence du malheur.” II pouvait mourir tranquille après ça.

 

Demain cela fera trois ans que je vis avec Alice.

 

 

VIII

Jour J

 

a. Matilda est partie sans laisser d’adresse. Le vent se faufile dans les murets de pierre, et sous les pieds. Le ciel est inexorable. Les domaines du silence s’agrandissent, aux Baléares.

 

ulant des patins, s’interpénétrent avec délicatesse contre le mur d’une villa en écoutant Al Green, mais des amis quand même.

petit kiosque m’a reconnu:

— Hello, my friend Marc Marronnier!

Je lui ai répondu:

— Marc Marronnier est mort. Je l’ai tué. À partir de maintenant il n’y a plus que moi ici et moi je m’appelle Frédéric Beigbeder.

‘il diffuse à tue-tête. Nous avons partagé un melon et une glace. J’ai remis ma montre. J’étais enfin devenu moi-même, réconcilié avec la Terre et le temps.

es vaguelettes contre le ponton, nous sommes rentrés à la casa.

is ans! Le compte à rebours était terminé! Ce que je n’avais pas compris, c’est qu’un compte à rebours est un début. À la fin d’un compte à rebours, il y a une fusée qui décolle. Alléluia! Joie! Merveille! Et dire que je m’angoissais comme un con!

y a de fantastique avec la vie, c’est qu’elle continue. On s’est embrassés lentement, mains jointes sous la lune orange, à l’écoute de l’avenir.

J’ai regardé ma montre: il était 23 h 59. Encore soixante secondes, et nous serions fixés.

 

, 1994-1997.

 





Внимание, только СЕГОДНЯ!

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